Partager l'article ! Hispaniola, une île pour deux: France Culture consacre les matinées de cette semaine à une large enquête sur Haïti et la République Dom ...
France Culture consacre les matinées de cette semaine à
une large enquête sur Haïti et la République Dominicaine, leur histoire respective et leurs relations si complexes et difficiles. "Les grandes traversées" sont composées de trois
parties : les archives de 9h05 à 10h, les débats de 10h à 11h et le documentaire de 11h à 12h 30. A ne pas manquer en direct du lundi 9 au vendredi 13 ou en
rediffusion sur le site de france culture (suivez les liens). Les thèmes principaux : la formation des identités nationales, les relations bilatérales, les dictatures et le rêve de démocratie, le
vaudou et la religion en Haïti, l'influence des Etats Unis.
"L’île d’Hispaniola, la seconde par la taille et la plus peuplée de la mer des Caraïbes, est partagée entre deux Etats indépendants : à l’ouest Haïti, où l’on parle français et créole, à l’est la République dominicaine, où l’on parle espagnol. D’un côté de l’île se trouve le pays le plus pauvre de l’hémisphère Nord (IDH de 0,475, 154° rang), et de l’autre, un pays au revenu moyen-faible (IDH de 0,749), nouveau paradis touristique aux stations bien équipée et au plage de sable blanc. 78% de la population haïtienne vit avec moins de 2 dollars US par jour et près de la moitié souffre de malnutrition.
René Depestre écrivait au lendemain du séisme du 12 janvier que l’une des solutions, qui aurait pu être envisagée pour imaginer le futur de son pays meurtri aurait été la création d’une Fédération avec la voisine République Dominicaine. Mais dans la même phrase la proposition était, par lui-même, balayée brutalement « tant le contentieux entre les deux voisins est encore lourd à éponger ».
Nous proposons donc, lors de cette grande traversée, d’arpenter ce territoire des deux côtés de la frontière et de remonter ldepuis 1492, le cours de cette histoire commune mouvementée qui prit l’allure d’un face à face permanent au point de faire passer les deux états pour des sœurs ennemies."
La découverte de l'île d'Hispaniola (appelée très vite Saint-Domingue, du nom de la principale ville fondée en 1496 par le frère de l’amiral Colomb, Bartolomé Colomb Santo Domingo) fut fatale pour les populations autochtones. Les Espagnols soumirent les Arawaks et les Caraïbes à des travaux forcés afin d'extraire l'or des mines. En moins de vingt-cinq ans, les populations autochtones de Santo Domingo furent complètement décimées par les guerres, les maladies et les suicides collectifs. Les Espagnols firent alors venir des Noirs d'Afrique pour les remplacer.
Durant tout le XVIe siècle, Santo Domingo devint la métropole des colonies espagnoles du Nouveau Monde. Dès que l'île commença à ne plus rapporter d'or, elle suscita moins d'intérêt pour les Espagnols. Jusqu’au milieu du XVII° siècle la totalité du territoire de Saint-Domingue était colonie espagnole. Elle n’avait que peu d’importance lorsqu’en 1638 des flibustiers et boucaniers établis dans l’île de la Tortue, encouragés et soutenus par le gouvernement français dévastèrent les établissements espagnols et s’établirent dans la capitale même. Notre propos n’est pas ici de retracer l’histoire de cette colonisation française officialisée par le traité de Ryswick en 1697 où l’Espagne octroya la partie occidentale, soit un tiers de l’île à la couronne de France. Disons simplement que Saint-Domingue française devint très vite grâce à l’importation massive d’esclaves Africains (plus de 700 000 esclaves, à la veille de la Révolution française, travaillant sur 7 800 plantations de canne à sucre, de café, de coton) la plus fleurissante colonie de la monarchie, « la perle des Antilles » ce qui fit écrire à Aimé Césaire dans la tragédie du roi Christophe « cette île qui vaut tout un Empire ». Mais le régime esclavagiste avait provoqué des troubles dés 1722. La décision de l’assemblée nationale accordant les droits politiques aux noirs (28 mars 1790) encouragea la révolte de Toussaint Louverture en 1791. Cet ancien esclave employé comme cocher combattit d’abord avec les espagnols contre les français puis se rallia à la France révolutionnaire, qui venait d’abolir l’esclavage (1794). Ses victoires aux cotés du Général Laveaux contre les Espagnols et les Anglais (1795/98) lui firent acquérir le commandement en chef des troupes. En 1801 il prit possession de la partie orientale de Saint-Domingue qu’il souhaitait réunifier. Il ne tarda pas à promulguer l’autonomie de l’île ce qui provoqua l’ire de Bonaparte qui, sous l’impulsion des Créoles (blancs natifs) fit envoyer contre lui le général Leclerc à la tête d’un corps de 20 000 hommes. Arrêté, puis déporté, Toussaint Louverture ne verra pas l’indépendance que finira par proclamer peu de temps après, le 1er janvier 1804, son lieutenant Jean Jacques Dessalines qui se fit déclarer gouverneur à vie et mourut assassiné 2 ans plus tard. Haïti était devenue le second pays indépendant d’Amérique, « mais avec cette différence qu’aux Etats-Unis l’esclavagisme perdurait tandis qu’ici d’anciens esclaves redonnaient à l’île son nom indien, rendant hommage à ceux dont ils avaient été forcés de prendre la place » écrivait Edwy Plenel dans son « Voyage avec Colomb ». La première République noire de l’histoire allait devoir payer cher son affranchissement. Paris, en effet, l’assomma d’une dette colossale dont elle ne se remettra jamais et qui est encore aujourd’hui perçue comme une humiliation méritant réparation!
De l’autre côté de la frontière, les troupes françaises, défaites à Haïti, parvinrent à se maintenir dans la partie orientale de l’île, qui resta rattachée à l’Espagne, un statut entériné par le traité de Paris (1814). Toutefois, la tyrannie exercée par l’administration espagnole provoqua, en décembre 1821, la révolte des Dominicains qui proclamèrent leur indépendance. L’expérience fut de courte durée. En 1822, le président haïtien Jean-Pierre Boyer annexa la partie orientale. L’antagonisme entre les Noirs d’Haïti, les Créoles et les Métis hispanophones rendit l’unification de l’île impossible. Une insurrection chassa en 1844 la garnison haïtienne de Saint-Domingue et la république fut proclamée. Le pays prit officiellement le nom de République Dominicaine, en même temps qu'il obtint son indépendance. Cependant, fragilisée par la menace d’une invasion haïtienne, la République Dominicaine demanda l'aide de l’Espagne qui annexa à nouveau le pays. La présence de l’Espagne ne parvint pas à mettre fin à l’instabilité et, en février 1865, les Dominicains recouvrirent leur indépendance.
Après cette longue marche vers l’indépendance, les deux Etats traversent des années d’incertitudes, des périodes d’instabilité et de troubles qui se soldèrent par l’occupation américaine des deux côtés de la frontière : de 1916 à 1924 pour la République Dominicaine, jusqu’en 1934 pour Haïti ! Une occupation d’une nouvelle puissance tutélaire, qui raviva les nationalisme des deux nations et se répétera en 1965 après la mort du dictateur Trujillo en République Dominicaine et en 1994 en Haïti pour remettre le président destitué en scène et chasser la junte putchiste …"
Vous pouvez retrouver ces infos sur le site de france culture consacré à l'émission. Pour un autre petit éclairage historique, voir par exemple un article de l'Humanité réalisé avec Marcel Dorigny.